Amnesty International lance sa campagne « Mon corps, mes droits »

Extrait du discours prononcé par Madame le Ministre de la Justice, des Droits Humains et de la Promotion Civique, Garde des Sceaux, le 15 juillet 2015.

Le Burkina Faso a été à l’avant-garde de la libéralisation des produits contraceptifs sur le territoire national. La première incidence positive de cet acte politique majeur a été l’adoption immédiate d’une politique de planification familiale.

Malheureusement, nous devons reconnaître qu’en dépit de l’engagement des services publics et de la mobilisation des organisations associatives pour mettre en œuvre des activités de sensibilisation et de vulgarisation des méthodes contraceptives, notre pays affiche aujourd’hui des indicateurs très préoccupants sur les droits humains des femmes en général et sur la santé maternelle et infantile en particulier.

Le Burkina Faso dispose d’un code des Personnes et de la Famille depuis 1990 et d’un arsenal juridique qui protège les femmes et les mineurs. Et pourtant les mariages forcés, l’excision et les violences sexuelles à l’égard des femmes continuent de sévir, notamment dans les villages et mes communes rurales et urbaines.

Aucun pays ne saurait se vanter de son taux de croissance économique, fût-il à double chiffre, lorsque parallèlement, ses indicateurs de qualité des droits humains fondamentaux, et particulièrement ceux des femmes et des enfants, sont au rouge. Le développement vrai de toute société se mesure au degré de satisfaction de l’ensemble des droits économiques, politiques, sociaux, culturels et du statut juridique de ses citoyens.

Mesdames et Messieurs,

L’état burkinabè a consenti beaucoup d’efforts pour faciliter l’accessibilité géographique et financière à la planification familiale, mais des goulots d’étranglements subsistent, tels que la non disponibilité des produits et l’insuffisance des professionnels de santé (notamment en zone rurale), ou la dépendance financière des femmes pauvres et l’opposition des conjoints inconscients des risques mortels encourus par leurs épouses fragilisées par de multiples maternités.

Nous devons rechercher une solution durable et efficace pour éliminer les discriminations engendrées encore par certaines lois et par nos pratiques en matière de mariage.

Le droit des femmes de prendre des décisions pour la protection de leur intégrité physique et de leur santé est un atout indispensable au développement social dans les pays d’Afrique subsaharienne, mais son accomplissement est lié au niveau d’éducation, d’information et de prise de conscience des populations concernées.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai accepté avec plaisir votre invitation de parrainer la présente cérémonie qui consacre le lancement officiel de la campagne « mon corps, mes droits ».

Les activités prévues par Amnesty International tout au long de sa campagne et les messages déjà exprimés à travers le court métrage vidéo, les paroles des artistes et les divers actes de la présente cérémonie, vont certainement apporter un élan sans précédent à la prise de conscience collective sur les droits des femmes.

C’est pourquoi, je tiens à rendre un vibrant hommage aux combats multiformes menés par les membres d’Amnesty International en faveur du progrès social et moral de l’humanité

Mesdames et Messieurs,

Je veux féliciter et encourager toutes les organisations de la société civile qui œuvrent inlassablement sur le terrain depuis des années afin de réhabiliter les droits fondamentaux des femmes, des filles et des mineurs. Grâce à la présence assidue de certains services de proximité dans des zones reculées, parfois inconnues du grand public, des adolescentes trouvent refuge et protection lorsqu’elles décident de s’échapper des pièges du mariage forcé.

Je veux saisir cette tribune pour lancer un appel à la raison à l’adresse des familles qui s’entêtent dans la pratique de certaines coutumes qui violent l’intégrité physique, et sapent la dignité et la liberté des femmes et des jeunes filles tout en leur interdisant tout recours au droit positif.

Je veux également saisir cette tribune pour exhorter les services publics et les organisations non gouvernementales à intensifier les actions d’information et de sensibilisation sur les textes qui régissent les droits et les devoirs de tout citoyen au sien de la famille et de la communauté.

L’ignorance est l’un des principaux facteurs de violation des droits humains. La planification familiale fait partie de nos droits humains et nous devons redoubler d’efforts de sensibilisation en la matière.

C’est pourquoi, je réaffirme l’engagement des institutions de la Transition à œuvrer pour la période qui nous reste, afin que les préoccupations des femmes pour la santé physique et morale soient au centre de nos projets et politiques.

Par ailleurs, c’est le lieu pour moi d’exhorter tous les acteurs politiques de s’engager de renforcer le cadre juridique national en vue du respect des droits humains et particulièrement les droits sexuels et reproductifs des femmes et des jeunes filles et de s’assurer que les auteurs de violations des droits humains soient tenus responsables et que le droit de toutes les victimes de violence droit à la vérité, à la justice et à la réparation leur soit garanti.

A nos partenaires techniques et financiers et à la communauté internationale, je demande d’intensifier leur soutien à l’ensemble des pays d’Afrique subsaharienne et au Burkina Faso, dans leurs stratégies de promotion des droits humains et de protection de la santé de la reproduction.

Sur ce, et tout en souhaitant que la mobilisation des acteurs concernés atteignent les résultats escomptés, je déclare solennellement lancée, la campagne « Mon corps, mes droits » de l’organisation Amnesty International en Afrique subsaharienne.

Je vous remercie !

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